Discours prononcé par Madame Khalida TOUMI à l'occasion du 20ème salon du livre de Genève le 27 avril 2006.
Je voudrais d'abord remercier Monsieur Pascal COUCHEPIN, Conseiller Fédéral, Chef du département fédéral de l'Intérieur, de l'honneur qu'il nous fait de partager avec nous l'inauguration officielle du stand de l'Algérie, hôte d'honneur du 20ème salon international du livre et du multimédia de Genève.' Je remercie également Monsieur Pierre Marcel F AVRE, Commissaire Général du salon ainsi que ses collaborateurs, Messieurs Robert JUNOD et Jacques BOFFORD d'avoir porté leur choix sur mon pays pour en faire l'hôte d'honneur de ce prestigieux salon. Nous sommes particulièrement sensible à cette indéniable marque d'amitié qui nous va droit au cœur et qui nous rappelle les liens historiques entre l'Algérie et la Fédération Helvétique. Permettez-moi de saisir cette heureuse occasion pour remercier chaleureusement la Suisse qui fait partie des haltes prestigieuses de notre géographie libératrice et un repère fondamental de notre histoire de libération nationale, notamment à l'occasion des négociations des accords d'Evian. La Ministre de la Culture que je suis est fière et heureuse d'avoir le privilège d'accompagner la pléiade d'auteurs, d'écrivains, de poètes et d'essayistes de la jeune création algérienne dont les noms aujourd'hui fort connus, dépassent déjà nos frontières nationales. Ils puisent leur génie créateur de la longue lignée, jamais interrompue, depuis Saint Augustin, Apulée de M' daourech, Ibn Khaldoun, l'Emir Abdelkader, Si Mhand Ou Mhand, Yacine Kateb et Mouloud Mammeri, Mohamed Dib et tant d'autres. En effet, qu'il s'agisse de Tahar Ouatar ou de Rachid Boudjedra, d'Assia Djabbar ou de Ahlam Mostaghanemi, de Yasmina Khaddra ou de Djamila Zennir, ils écrivent tous avec une égale compétence aussi bien en Arabe, qu'en Tamazight ou en Français exprimant ainsi, avec le même bonheur, la diversité culturelle que l'Algérie vit, pratique et consacre au quotidien. Merci encore au présent salon de nous permettre de côtoyer beaucoup d'entre eux, d'échanger sens et émotion avec ces créateurs qui, établis à l'étranger ou vivant au pays, puisent invariablement leur inspiration dans l'amour d'une Algérie désormais en pleine réconciliation avec elle-même, avec son histoire plusieurs fois millénaire, avec sa culture riche et plurielle et sa faconde inépuisable. Ces merveilleux créateurs, outre qu'ils nous invitent généreusement à partager avec eux, nous mettent, ô suprême bonheur, en situation de dialogue avec le monde. Quoi de plus merveilleux que de pouvoir, l'espace d'un livre, échanger avec Nietche et Zarathoustra, mais aussi avec Malek Haddad et Mohamed Mouleshoul grâce à Yasmina Khaddra, par exemple. La Ministre de la Culture que je suis est pleine de gratitude envers les écrivains, non seulement pour le plaisir que procure la fréquentation de leurs textes, mais aussi et surtout pour les leçons et les enseignements qu'ils me donnent tous les jours me permettant de comprendre ce qu'est un dialogue et les conditions de sa réalisation. Je vous prie d'en juger avec moi à travers la lecture de quelques passages de ce délicieux dialogue entre Mouloud Mammeri et Jean Pellegri, publié dans un texte portant le titre de « Mammeri-Pellegri : le double Je, 5/5 » A la question suivante de Jean Pellegri: «Pourquoi Mouloud, en 1955, avec ta voiture, pourquoi as-tu cogné «la quatre chevaux» que je venais d'étrenner, ... Oui, pourquoi ? » Mouloud Mammeri répond, entre autres: «Nous habitions la même terre, la même ville, nous hantions les mêmes rues, nous foulions le même pavé où tintinnabulaient ces vieux tramways secoués de sonnailles sur les plages du côté de Padovanni, nous devions fouler le même sable gris sous le même soleil blanc, assis à chaud sur la même mer bleue. Mais voilà, sur cette terre qui eût du être fraternelle, des lois folles, des lois fossiles, dessinaient des clivages absurdes. Par exemple, il y avait d'un côté ceux qui avaient la vigne, de l'autre ceux qui la sulfataient. Tu étais de ceux-là, moi de ceux-ci ... Entre les vignerons par décret divin et les sulfateurs par convention humaine, c'était le mur de Berlin et dans le mur, la garde aux portes était féroce. Alors comment voulais-tu que je t'aborde? Le sourire aux lèvres et les fleurs aux doigts? Chez nous c'est plutôt le basilic, le jasmin, l'œillet quelques fois, chez toi les roses, les tulipes et une fois, dit-on, les chrysanthèmes. Il ne restait plus qu'un moyen à peu près sûr de t'atteindre: cogner, comme tu dis. » Vous l'aurez compris mes chers amis, que ce ne sont pas les politiques, mais les écrivains qui m'ont appris que le dialogue ne peut se concevoir qu'à hauteur d'Homme et dans le respect de l'altérité. Merci à Mammeri et à Pellegri et à tous les écrivains qui répondent toujours présents à chaque fois que j'ai besoin de leurs lumières, Merci à la Suisse de constituer ce prototype unique et précieux où se réalise, quotidiennement, dans le respect de l'altérité et de la diversité, le dialogue fécond. Je vous remercie Khalida Toumi, Ministre de la Culture Genève, le 27 avril 2006