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Allocution de S.E. l'Ambassadeur à l'occasion de la journée de la mémoire lors de la semaine de découverte de l'Algérie le 03 juillet 2007.

Chers compatriotes.

Chers amis suisses,

Chers amis de l’Algérie,

Au moment où nous célébrons le 45ème anniversaire de la fête de l’indépendance et de la jeunesse, notre devoir de mémoire nous interpelle et il est important que cette épopée soit restituée, même succinctement, dans son authenticité et dans son ampleur car elle a fait frémir tous les peuples du monde.

L’Algérie avait connu, au fil du temps, de nombreuses agressions et la prédisposition à nous défendre a toujours marqué notre conscience historique.

Face à l’invasion française de 1830, le combattant algérien a fait montre de courage et de résistance en dépit de la disproportion des armées et des équipements.

Une organisation qui atteindra son apogée avec l’œuvre de l’Emir Abdel Kader qui a su passer d’une confrontation improvisée et spontanée avec l’ennemi à une riposte professionnelle, en dépit des conditions exceptionnelles.

La résistance ne s’est, en réalité, jamais affaiblie puisque nombreux autres mouvements, d’El Mokrani à Cheikh El Haddad, se sont succédés dans le temps et dans l’espace, durant toute la deuxième moitié du 19ème siècle et dans toutes les régions du pays.]

La première moitié du 20ème siècle a été marquée par la résistance politique avec le mouvement nationaliste, mais la nature du colonisateur était telle que ni cette résistance politique, ni la lutte partisane avec des moyens civilisationnels, n’ont porté leurs fruits.

Mus par la ferveur nationaliste et la fierté, l’espoir fraternel, le peuple algérien s’est engagé dans une longue résistance contre les injustices, les massacres, les arrestations et les déportations, la torture, les manœuvres politiques, contre une armée organisée et dotée des moyens les plus modernes de l’époque.

La volonté du projet libérateur n’a jamais cessé d’animer l’esprit voire l’âme algérienne en tant qu’expression naturelle et humaine de l’attachement de notre peuple à la défense de son existence, sa liberté et sa souveraineté.

La révolution du 1er novembre est née du Serment que des hommes ont assumé avec courage et une conviction absolue dans la justesse de leur cause et les premiers combattants de la guerre de libération, modestes, avaient la foi inébranlable qui compensait l’armement dérisoire et la formation rudimentaire.

Malgré le déploiement par les forces d’occupation de toute leur machine de guerre, y compris celle de l’Alliance Atlantique, l’Armée de Libération et tout le Peuple menaient le combat à l’intérieur tandis qu’à l’étranger, les militants et représentants du Front de Libération Nationale étaient sur d’autres fronts, du Caire à Rabat, de Djakarta à Pékin, de Bandung à New York, de Tunis à Genève, à la recherche d’appui diplomatique et également du soutien d’amis sincères à leur cause, soutien qu’ils ont trouvé de manière éclatante en Suisse.

Comme la cause du peuple algérien était la cause de tous les Hommes libres, des Suissesses et des Suisses ont partagé avec eux l’espoir fraternel, leur accordant toutes les formes d’aide et les entourant de toute leur affection et leur confiance.

Mesdames, Messieurs,

Notre rencontre d’aujourd’hui se veut le lien qui rattache ce passé glorieux au présent et le témoignage de notre profonde considération à l’endroit de tous nos amis en Suisse, ici présents ou absents, qui ont embrassé les valeurs de la Révolution algérienne.

Le peuple algérien a trouvé en eux les avocats de sa juste cause et de ses idéaux, il a rencontré auprès d’eux le soutien moral et l’aide déterminante pour parvenir à la réalisation de ses aspirations légitimes et c’est avec beaucoup d’émotion et un profond respect que je les salue tous, dont certains nous font l’honneur d’être parmi nous aujourd’hui.

Mesdames, Messieurs,

Vous avez été les compagnons de l’Algérie en lutte pour la liberté et la dignité, vous n’avez reculé devant aucun risque, aucun sacrifice pour que triomphent les valeurs de justice et de liberté.

Chacun a su apporter à sa manière, sa solidarité et son amour en préférant la voie de la justice et de l’équité à celle de l’indifférence en suivant ce que dictaient vos consciences et vos nobles sentiments.

A toutes celles et à tous ceux qui ont embrassé les valeurs de la révolution algérienne, je veux exprimer notre profonde gratitude et notre chaleureuse amitié, qu’ils trouvent ici le témoignage de notre profonde considération.

C’est de Suisse, c’est de Genève précisément, cette ville si chère au cœur des Algériens, qu’ont été lancées les négociations d’Evian.

Genève avait alors accueilli pendant de nombreux mois avec générosité et avec une attention particulière la délégation algérienne à ces négociations.

Le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne avait placé toute sa confiance dans la Suisse pour assurer les meilleures conditions à la négociation.

Hommes de Bonne Volonté, les Suisses ont dès lors accompagné avec un talent inégalé le long processus d’Evian qui a duré plus de 18 mois avec tantôt des périodes d’espoir et parfois des moments de renoncement tant les enjeux portaient sur une question de dimension historique.

Grâce à sa persévérance, sa discrétion, en un mot grâce à son génie propre, la diplomatie suisse a su et pu éviter les écueils qui auraient conduit à un rendez vous manqué avec l’histoire.

Mesdames et Messieurs,

Cette riche histoire entre nos deux peuples, je l’ai personnellement et fortement ressentie tout au long de ma mission dans ce pays. Je découvre chaque jour avec quelle intensité, quel engagement des citoyennes et citoyens de ce pays se sont associés au combat libérateur du peuple algérien.

Et c’est, Mesdames et Messieurs, ce qui nous renforce tous les jours davantage dans notre conviction que les relations algéro- helvétiques qui reposent sur un socle solide, d’amitié doivent aujourd’hui être exemplaires et porteuses de projets durables et féconds.

C’est la meilleure manière d’exprimer notre reconnaissance et notre amour à nos illustres amis.

Je vous remercie.

S.E. L'Ambassadeur d'Algérie en Suisse M. Kamel Houhou

Genève, le 03 juillet 2007